Coopération bilatérale : L’ambassadeur Amadou Diop revient sur l’état des relations entre le Sénégal et la Belgique y compris entre celui-ci et le Luxembourg

S.E. M. l'Ambassadeur Amadou DIOP, Republique du Senegal

Dans cet entretien accordé à votre site Lecercle.com, son Excellence Amadou Diop, ambassadeur du Sénégal en Belgique et au Luxembourg revient sur la coopération entre ces deux pays stratégiques et le Sénégal. A l’en croire, celle-ci se consolide davantage, de manière dynamique et harmonieuse.

Lecercle.com : Quel est l’état de santé de la coopération entre le Sénégal et la Belgique et le Luxembourg ?

SEM Amadou Diop :La coopération entre, d’une part, le Sénégal et la Belgique et, d’autre part, le Sénégal et le Luxembourg est marquée du sceau de l’excellence, de l’efficacité et de la cohérence. S’agissant de la Belgique, elle se situe à deux niveaux.

Au niveau de l’Etat fédéral, le Programme Indicatif de Coopération (PIC) est un document conjointement élaboré par les deux Parties qui, après consultation au niveau décisionnel, fixent les objectifs, les contenus sectoriels et thématiques, la durée, le budget estimatif ainsi que les modalités de mise en œuvre et de suivi du programme qu’elles souhaitent réaliser ensemble. L’objectif global de la coopération belgo-sénégalaise était le même que celui de la stratégie de réduction de la pauvreté, à savoir améliorer le bien-être de la population, par la réduction de la pauvreté monétaire et sociale. Par ailleurs, le Sénégal fait partie des 18 pays de concentration de la coopération belge au développement. Ce choix stratégique est basé à la fois sur les rapports particuliers qu’entretiennent les deux pays et sur les attentes qu’ils placent dans leurs efforts communs de développement. Cette coopération cible une zone géographique déterminée et des secteurs identifiés. Au niveau des entités fédérées et décentralisées, il convient de rappeler la 5ème programmation de coopération Sénégal/Wallonie-Bruxelles qui a été adoptée en juillet 2012 lors d’une commission mixte. Elle s’inscrit dans le cadre de l’accord de coopération de novembre 1998 signée entre la République du Sénégal et les entités fédérées francophones de Belgique. Cette nouvelle programmation triennale (2012-15) consiste à consolider les axes prioritaires de la programmation antérieure. Pour le Luxembourg, les activités de cette coopération ont été marquées, au cours du premier semestre 2014, par la tenue à Dakar en juin dernier de la dixième Commission de partenariat entre les deux pays, rencontre co-présidée par le Ministre luxembourgeois de la Coopération et de l’Action humanitaire et notre Ministre de l’Economie et des Finances. La Commission a fait le point sur le Programme Indicatif de Coopération (PIC) 2012-2016

Lecercle.com: Une idée sur les montants injectés ?

SEM A.Diop : Les activités du PIC, en cours, ont démarré en septembre 2013 avec une enveloppe budgétaire indicative totale de 67.9 Millions d’Euros soit environ 44 Milliards de F CFA. Le Programme se caractérise par un haut niveau d’appropriation par la Partie sénégalaise et les dépenses sans constituer un appui budgétaire, sont inscrites dans le budget national du Sénégal. Ainsi, les fonds sont traçables à chaque étape du processus. On retrouve le même niveau d’engagement pour la Belgique, qui est le 8ème bailleur bilatéral du Sénégal après la France, les Etats-Unis, le Japon, le Canada, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne.

Lecercle.com: Quels sont les domaines prioritaires ciblés ?

SEM A.Diop : Pour la Belgique, l’accent a été mis sur : l’agriculture et les industries agroalimentaires en y intégrant la valorisation des ressources naturelles locales, la gestion de l’eau et la dimension transversale du développement durable) ; l’éducation et la formation, notamment avec une attention particulière pour l’entreprenariat féminin, l’éducation aux sciences et techniques, le renforcement de la protection juridique et sociale des enfants mineurs ; la culture avec une priorité accordée à l’appui à la professionnalisation des structures culturelles, la formation, la création artistique, les métiers et techniques de la culture Quant au Luxembourg, le PIC se focalise principalement sur le volet santé et sur le combat contre la mortalité et la morbidité materno-juvénile. En outre, le secteur de l’enseignement technique et de la formation professionnelle ambitionne de contribuer à la réduction de la pauvreté par la mise en place d’une dynamique maîtrisée d’insertion des jeunes formés en quête d’emploi dans les régions du Nord et du Centre. Le soutien à la décentralisation et à l’éducation citoyenne a également pour but de contribuer au renforcement de la gouvernance sociale locale dans les trois régions du Nord.

Lecercle.com: Quelles sont les perspectives dans les années à venir ?

SEM A.Diop : Le premier semestre 2014 a maintenu la cadence des efforts de promotion économique de notre pays. La mobilisation a permis un repositionnement dans le microcosme économique belge et luxembourgeois. Les actions se sont enchainées durant le premier semestre, avec comme point d’orgue, la rencontre à Bruxelles, en marge de la visite officielle de Monsieur le Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, de la délégation qui l’a accompagné, avec des hommes d’affaires belges. Le succès avait été au rendez-vous. Le message (des Directeurs généraux de l’APIX et l’ASEPEX) avait séduit et les échanges qui ont suivi avaient été très enrichissants. Le constat qui s’impose à ce niveau, à la lumière des enseignements tirés, c’est que les résultats enregistrés sont à la hauteur des espoirs suscités et ils justifient la pertinence et le renforcement de la démarche. Du reste, dans le sillage des entretiens, les responsables de Brussels Airlines et des Chemins de Fer de Belgique ont réitéré à Son Excellence le Président de la République lors de son séjour en avril à Bruxelles, l’intérêt de leur société à s’associer au développement de notre pays dans le cadre d’une collaboration. La prochaine visite à Bruxelles du Directeur général de l’APIX devrait permettre d’approfondir cette question et celles (offres de partenariat du Port d’Anvers et de Brussels Invest & export). Sous un nouveau regard, le Sénégal redécouvre les avantages d’une confiance retrouvée dans le milieu des organisations patronales belges et luxembourgeois, à l’origine du choix de notre capitale pour accueillir en 2015 une importante caravane d’environ 80 entreprises belges à la recherche d’opportunités d’affaires dans notre pays.

Lecercle.com: Certains dénoncent la signature des APE, quel est votre avis ?

SEM A.Diop : Pour mieux répondre à cette question, laissons parler les faits. En effet, le dossier de l’Accord de Partenariat Economique (APE) entre l’Afrique de l’ouest et l’Union européenne, après dix (10) ans d’impasse sur six (6) points, a connu un tournant décisif pour sa finalisation avec : une offre d’accès au marché de 75% sur une période transitoire de 20 ans, de manière progressive ; c’est la première fois que l’Union européenne accepte une offre aussi généreuse à un partenaire dans le contexte des Règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ; une formulation équilibrée sur la clause de la nation la plus favorisée ; des dérogations très favorables sur les règles d’origine ; l’arrêt des subventions sur les exportations de produits agricoles à destination de l’Afrique de l’ouest ; le financement du PAPEP autour des besoins prioritaires, des secteurs stratégiques de la Région avec des mécanismes novateurs d’accessibilité et de création d’un fonds spécial géré par la Région pour un montant total de 6,5 milliards d’euros pour cinq ans, reconductible deux fois soit 19,5 milliards d’euros au moins ce qui dépasse de loin les 9 milliards que la Région avait demandé pour quinze (15) ans ; la dilution de la clause de non-exécution pour ne s’en tenir qu’aux dispositions déjà prévues dans l’Accord de Cotonou ; une clause de rendez-vous pour suivi et évaluation. C’est dire l’intérêt qui s’est attaché à l’adoption définitive de ce document par la Conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO, à Yamoussoukro, les 24 et 25 mars 2014, après examen par le Conseil des Ministres (22 mars 2014).

Au demeurant, après l’acceptation dans son principe par le Sommet moyennant quelques aménagements techniques, l’Accord a été définitivement adopté par les Chefs d’Etat et de Gouvernement, lors de leur 45ème Session ordinaire, à Accra, le 10 juillet 2014.A la lumière de ces faits, l’on peut, sans contexte, tirer certains enseignements, avec lucidité, objectivité et vérité : Après dix (10) ans d’impasse, les deux Parties ont œuvré, dans un esprit positif en faveur d’un compromis dynamique, qui dit compris, dit concession réciproque, et non nihilisme, c’est-à-dire tout ou rien ; Ce compromis a, également, contribué à la consolidation du processus d’intégration à travers un APE régional, équitable et équilibré qui gomme les Accords intérimaires et ramène par conséquent le Ghana et la Côte d’Ivoire dans le giron communautaire ; Ce compromis devrait contribuer à accompagner avec douceur et progressivité l’Afrique de l’Ouest dans la marche forcée vers la libération mondiale en vertu des engagements partagés dans le cadre de l’OMC ; il s’agit ni plus, ni moins qu’un accompagnement, pas de substitution de responsabilité ; la responsabilité de notre développement, de la modernisation de nos appareils productifs, de relance de nos économies sur des bases saines, de mise à niveau de nos industries relèvent d’abord de nous et non des autres. Dans cet accompagnement, l’U.E., sans être philanthrope, l’UE défend ses intérêts, comme l’Afrique de l’Ouest a su défendre avec intelligence et expertise ses intérêts, a globalement fait preuve d’ouverture et de générosité en intégrant la dimension développement à l’APE (PAPED). C’est dire que l’essentiel maintenant c’est de mobiliser nos énergies pour relever le plus important, la mise en œuvre, l’opérationnalisation de l’APE.

Lecercle.com: Peut-on avoir une idée du nombre de visas délivrés par l’Ambassade cette année et les montants rapportés ?

SEM A.Diop : Pour les visas, au total, cinq mille cinq cent soixante-seize (5576) visas, répartis ainsi qu’il suit, ont été délivrés : visas biométriques : 5100, visas de courtoisie : 456, visas diplomatiques : 20. Les visas biométriques ont rapporté un montant de 267.750 Euros.

Lecercle.com: Comment se porte la communauté sénégalaise en Belgique ?

SEM A.Diop : Cette communauté qui s’est beaucoup agrandie est passée de quarante (40) étudiants environ à Gembloux, Liège et Louvain, après l’indépendance, à quinze mille (15.000) ressortissants de toute catégorie essentiellement à Anvers, Bruxelles, Gent, Liège, Mons, Namur, Charleroi, Louvain, Bruges.

Du reste, avec la crise qui secoue l’Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal), beaucoup de nos compatriotes migrent vers la Belgique. Je peux vous dire, à partir de cette position privilégiée de pincipal baromètre qui est l’Ambassade, que cette communauté se porte bien en raison notamment de : sa capacité d’organisation ; son dynamisme à travers ses activités culturelles, religieuses, sportives ; son esprit de solidarité dans le social ; son comportement exemplaire, de respect des règles et usages du pays hôte.

 Réalisé par Karim Lo

 

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