Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie L’ex-gouverneure générale devient la première femme à occuper ce poste

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DAKAR, Sénégal – Le consensus a été long et difficile à obtenir, mais les leaders réunis à Dakar, au Sénégal, se sont finalement entendus pour porter Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation mondiale de la Francophonie.

L’ex-gouverneure générale du Canada devient ainsi la première femme à accéder au poste de secrétaire générale de l’OIF.

Son prédécesseur, le Sénégalais Abdou Diouf, était en poste depuis 2003. Il avait lui-même succédé à Boutros Boutros-Ghali, d’Égypte, qui avait été le premier à occuper cette fonction, créée en 1997.

«Avec Michaëlle Jean, la Francophonie se prépare à écrire une nouvelle page de son histoire», a déclaré M. Diouf, devant les chefs d’État et de gouvernement.«Je suis très enthousiaste à l’idée de travailler avec toutes ces femmes et tous ces hommes qui font et vivent la Francophonie au quotidien», a déclaré à son tour Michaëlle Jean, émue.

«J’entends répondre aux besoins et aux attentes des États et gouvernements membres de l’OIF, tout en donnant une nouvelle impulsion à la Francophonie, a-t-elle continué. Ensemble, traçons le chemin d’une Francophonie moderne et tournée vers l’avenir.  La Francophonie du XXIe siècle sera au service et à l’écoute des jeunes et des femmes.  Prospère, elle conjuguera l’accroissement des échanges et le développement humain et durable pour tous.»

Suspense jusqu’à la fin

Malgré un dernier sprint de tractations qui s’est terminé tard samedi soir, les leaders de la Francophonie n’étaient toujours pas arrivés à s’entendre, dimanche matin.
Alors qu’on s’attendait à ce que la décision par consensus des chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OIF soit annoncée vers midi, heure du Sénégal, le suspense s’est poursuivi jusqu’à 14 h 20, heure du Sénégal.

Dans les coulisses du XVe Sommet de la Francophonie qui se termine dimanche à Dakar, la rumeur voulait que pour la toute première fois dans l’histoire de l’OIF, un vote en bonne et due forme soit nécessaire, ce qui n’a finalement pas été le cas.

D’abord prévu pour 10 h 30, le huis clos des chefs d’État et de gouvernement n’a finalement débuté qu’à midi.

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, après une trentaine de minutes de discussions avec l’ensemble des leaders, le premier ministre Harper et ses homologues de la France, du Congo, de l’Île Maurice et du Burundi auraient été isolés en privé pour essayer de s’entendre.

Les leaders de la France, siège de l’OIF, du Sénégal, le pays hôte, et du Madagascar, prochain pays à accueillir le sommet, sont attendus en conférence de presse, avec la candidate élue aux côtés du secrétaire général sortant.

Harper a tenu son bout

Des délégués ont notamment rapporté que le Congo et le Canada tenaient mordicus à faire passer leur candidat respectif.

Le premier ministre canadien Stephen Harper aurait refusé de renoncer à la candidature de Mme Jean.

La diplomatie congolaise souhaitait aussi que l’un des leurs, l’écrivain Henri Lopes, accède à la tête de l’OIF.

Devant la division, l’un des quatre Africains dans la course, Jean Claude de l’Estrac, 66 ans, un ex-ministre des Affaires étrangères de l’Île Maurice, située à l’est du Madagascar, dans l’océan Indien, a failli se faufiler et remporter la course.

L’ancien président du Burundi Pierre Buyoya et l’Equato-Guinéen Agustin Nze Nfumu étaient aussi candidats.

À défaut d’un vote, ont également circulé les rumeurs de candidatures de dernière minute, qu’un ou l’autre des pays membres de l’OIF aurait pu proposer pour dénouer l’impasse.

La dernière journée du sommet a débuté par l’adoption de la Déclaration de Dakar.

Plusieurs réactions à sa nomination

«Au nom du gouvernement du Canada, je tiens à féliciter Michaëlle Jean pour son élection au poste de Secrétaire générale de la Francophonie. Grâce à ses impressionnantes qualifications et sa vaste expérience (…)Mme Jean est la personne idéale pour promouvoir le français ainsi que les valeurs de l’Organisation. Elle saura incarner le renouveau et la modernité dont a besoin la Francophonie du 21e siècle et être à l’écoute des chefs d’État et de gouvernement ainsi que de leurs citoyens.» – Stephen Harper, premier ministre du Canada

«Mme Jean devient ainsi la première femme et la première Canadienne à occuper cette fonction. Il est certain qu’elle défendra avec ferveur et passion la langue et la culture françaises, ainsi que le respect de valeurs communes telles que la paix, la démocratie et les droits de la personne, qui fixent l’appartenance de chaque nation à la Francophonie.» – David Johnston, gouverneur général du Canada

«Michaëlle Jean incarne tout à fait cette nouvelle vision de la Francophonie: moderne jeune et dynamique. Elle saura donner un nouvel essor à l’espace francophone en mettant de l’avant l’importance des échanges économiques entre les États membres» – Philippe Couillard, premier ministre du Québec

«Je salue, au nom d’Haïti, l’élection de Michaëlle Jean comme secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)» – Michel Martelly, président de la République d’Haïti

«Difficile de ne pas se réjouir lorsqu’une femme prend la tête d’une organisation internationale» – Françoise David, députée et porte-parole de Québec solidaire

«Félicitations Michaëlle Jean pour votre élection bien méritée comme nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie» – Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

«Bravo Michaëlle Jean, ex-collègue journaliste, première femme à la tête de la Francophonie. Défi: porter la cause des femmes africaines» – Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme

«Je suis fière en tant que Québécoise, en tant qu’Haïtienne et en tant que femme, de la nomination de Michaëlle. La Francophonie était le dernier bastion à conquérir, et maintenant c’est une femme qui la dirige. Michaëlle apportera une sensibilité nouvelle, qui ne plaira peut-être pas à tous, mais qui sera salutaire.» – Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d’Haïti

«Au moment où la Francophonie doit être une organisation ouverte et une organisation en phase avec son temps, le choix d’une femme comme Michaëlle Jean, est un choix (…) qui s’impose.»
– Macky Sall, président du Sénégal et hôte du Sommet de Dakar

«Mme Jean est particulièrement qualifiée pour remplir ces importantes et prestigieuses fonctions. En tant que chancelière de l’Université d’Ottawa, elle a toujours défendu avec passion la diversité et la dualité linguistique, en plus de faire entendre la voix de la communauté francophone en Ontario, dans le reste du Canada et à l’étranger.» – Allan Rock, recteur de l’Université d’Ottawa

«Le fait que j’aie été gouverneure générale, ça m’a donné un accès immense à tous les pays. (…) J’ai toujours été reçue comme une femme d’État. Je ne suis pas du tout arrivée en inconnue. Déjà, le dialogue était engagé.» – Michaëlle Jean, nouvelle secrétaire générale de l’OIF

Biographie

Mme Jean, qui agit depuis 2010 à titre d’envoyée spéciale de l’UNESCO en Haïti, avait annoncé officiellement qu’elle souhaitait accéder à la direction de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) lors de l’Assemblée parlementaire de la francophonie, à Ottawa, en juillet 2014. La candidature de l’ancienne journaliste a reçu l’appui de plusieurs personnalités politiques canadiennes.

L’ancienne chef d’antenne à Radio-Canada a été gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010. Elle est chancelière de l’Université d’Ottawa depuis 2012, pour un mandat de quatre ans.

Née à Port-au-Prince en 1957, elle a quitté Haïti en 1968 lorsque sa famille a fui le régime de François Duvalier pour s’installer au Québec. Mme Jean parle cinq langues. Elle a œuvré en tant que journaliste, lectrice de nouvelles, animatrice, tant du côté francophone qu’anglophone de Radio-Canada.

Mme Jean a été nommée gouverneure générale par l’ancien premier ministre libéral Paul Martin. Durant la dernière année de son mandat marqué par le tremblement de terre en Haïti, Michaëlle Jean s’est engagée concrètement dans la reconstruction de son pays d’origine. Une mission qu’elle poursuit depuis auprès de l’UNESCO.

Avec Agence QMI

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